Jehan de Joinville
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Jehan de Joinville
Petit lien sur la famille de joinville,on y croise Richard coeur de lion .Peut-être une source pour un nouveau personnage(pour moi)
http://books.google.fr/books?id=W6gUAAAAQAAJ&dq=acheter+les+chroniques+de+jehan+de+Joinville&printsec=frontcover&source=bl&ots=GF9FMBE2Q4&sig=_0fJ4AlhHxZDhG5a2sfwuRyZ-58&hl=fr&ei=qbVASvi-C9fKjAeBmN2iCQ&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=4#v=onepage&q&f=false
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per sanguinem gladiumque patres tuos honora.

Ogier de Combault- fumiste
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Re: Jehan de Joinville
Merci beaucoup aujourd'hui pour ton lien sur ce personnage fort intéressant !
Conséquence de tout cela je vais devoir en savoir plus car il suscite grandement ma curiosité et je vais devoir encore trouvé un bouquin sur ce personnage
...
C'est dur la vie de passionné
Conséquence de tout cela je vais devoir en savoir plus car il suscite grandement ma curiosité et je vais devoir encore trouvé un bouquin sur ce personnage
... C'est dur la vie de passionné

enguerrand- Messages: 591
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Re: Jehan de Joinville
Eh oui c'est un très grand personnage dans le bon sens du therme
http://www.auditoire-joinville.fr/files-jean_de_joinville.doc
un autre lien Enguerrand.
http://www.auditoire-joinville.fr/files-jean_de_joinville.doc
un autre lien Enguerrand.

per sanguinem gladiumque patres tuos honora.

Ogier de Combault- fumiste
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Re: Jehan de Joinville
Jean de Joinville venait certainement d'atteindre da majorité féodale, fixée par la coutume de Champagne à 14 ans : il était donc né le 1er mai 1225 ou peu avant. Cette date semble confirmée par d'autres faits : au début du mois d'août 1242, Jean n'avait pas encore "vêtu le haubert", c'est-à-dire qu'il n'avait pas été adoubé, armé chevalier ; les lettres données à l'abbaye de Montier-en-Der en décembre 1244 sont scellées par Béatrix, qui avait donc prolongé sa tutelle au-delà de 1243) alors que Jean n'utilisa son propre sceau qu'en juin 1245 : il était sans doute entré dans sa 21e année entre décembre 1244 et juin 1245, peut-être le 1er mai 1245.
La mort de Jean de Joinville et son tombeau
Anseau, fils de Jean, est qualifié de seigneur de Reynel le 15 novembre 1317 et de seigneur de Joinville en juin 1318. c'est donc entre ces deux dates qu'est décédé le chroniqueur. L'obituaire de Saint-Laurent de Joinville, mentionnant son obit au 24 décembre, il semble raisonnable de fixer la date du décès du sénéchal au 24 décembre 1317, dans sa 93e année, âge exceptionnel pour un homme du XIIIe siècle.
La mort de Jean de Joinville et son tombeau
Anseau, fils de Jean, est qualifié de seigneur de Reynel le 15 novembre 1317 et de seigneur de Joinville en juin 1318. c'est donc entre ces deux dates qu'est décédé le chroniqueur. L'obituaire de Saint-Laurent de Joinville, mentionnant son obit au 24 décembre, il semble raisonnable de fixer la date du décès du sénéchal au 24 décembre 1317, dans sa 93e année, âge exceptionnel pour un homme du XIIIe siècle.
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Ogier de Combault- fumiste
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Re: Jehan de Joinville
http://mesniedelaforertelle.forum-actif.net/t135-jean-de-joinville-1224-1317
dossier sur La mesnie de la Fortelle
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per sanguinem gladiumque patres tuos honora.

Ogier de Combault- fumiste
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Re: Jehan de Joinville
Voici un autre petit lien
http://www.ecrivains-haute-marne.com/route_70.php
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per sanguinem gladiumque patres tuos honora.

Ogier de Combault- fumiste
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Re: Jehan de Joinville
Alors j'ai cette petite chose ,je sais c'est long bonne lecture.
Arrivant à Joinville il y a maintenant quelques années, des Joinvillois me parlèrent de la personnalité la plus connue de la ville, Jean Sire. Mais qui était donc ce personnage que je ne connaissais pas ? je compris très vite qu'il s'agissait du chroniqueur Jean de Joinville, Sire c'est-à-dire seigneur de Joinville ! Son titre féodal était devenu, en quelque sorte son nom, usage qui apparaît dans la première édition de l'histoire de saint Louis par Antoine Pierre de Rieus en 1547. Cette formule, "Jean Sire", est même devenue le nom d'une spécialité gourmande locale !
Si j'ai commencé par cette anecdote, c'est pour montrer combien la personnalité de Jean de Joinville a marqué la ville. Il est vrai que Jean est très connu, d'ailleurs très souvent sous le simple nom de Joinville, surtout chez tous les historiens du Moyen Age ou les spécialistes de la littérature médiévale.
Il était donc normal, à l'occasion de la célébration du 7e centenaire de la remise du manuscrit de la vie de saint Louis par Jean au roi de France Louis X le Hutin, comte de Champagne, de rappeler ici, à Joinville, qui était le chroniqueur et quelle fut sa vie. Je vais donc reprendre ici un article que j'avais consacré, en 1998, aux seigneurs de Joinville pendant tout le Moyen Age.
Il faut cependant, avant d'entrer dans le vif du sujet, rappeler que cette communication s'appuie sur deux types de sources : d'une part la Vie de saint Louis consacrée pour une grande partie au récit de la Croisade de Louis IX en 1248-1254 ; d'autre part les chartes émises au temps de Jean de Joinville, provenant essentiellement des archives monastiques. Cette spécificité des textes explique le plan que je suivrai ici
Après avoir évoqué la jeunesse de Jean jusque son départ en Terre Sainte, je m'intéresserai à son rôle pendant la croisade puis à ses relations, parfois difficiles avec les abbayes de la région avant de terminer sur son action après son retour de terre sainte jusqu'à sa mort, à un âge très avancé.
La minorité de Jean
Simon de Joinville mourut quelques jours avant le 1er mai 1233, peu de temps après Geoffroy, son fils aîné. L'héritier futt donc son second fils, Jean, encore mineur. La régence fut assurée par Beatrix, sa mère qui prit le titre de dame de Joinville et de sénéchale de Champagne jusqu'en juin 1238.
Le 1er mai 1239, Jean promit au comte de Champagne Thibaud IV de ne s'allier à personne contre lui et particulièrement de ne pas épouser la fille du comte de Bar. Des trois chartes rédigées ce jour là, on retiendra trois observations :
- Béatrix, confirmant cette décision, se dit pour la première fois dame de Vaucouleurs (elle avait sans doute reçu Vaucouleurs en douaire)
- Jean est appelé pour la première fois seigneur de Joinville et sénéchal de Champagne
- Jean acceptait que sa mère gardât le fief qu'il tenait de Thibaud IV jusqu'à Noël 1243.
Jean de Joinville venait certainement d'atteindre da majorité féodale, fixée par la coutume de Champagne à 14 ans : il était donc né le 1er mai 1225 ou peu avant. Cette date semble confirmée par d'autres faits : au début du mois d'août 1242, Jean n'avait pas encore "vêtu le haubert", c'est-à-dire qu'il n'avait pas été adoubé, armé chevalier ; les lettres données à l'abbaye de Montier-en-Der en décembre 1244 sont scellées par Béatrix, qui avait donc prolongé sa tutelle au-delà de 1243) alors que Jean n'utilisa son propre sceau qu'en juin 1245 : il était sans doute entré dans sa 21e année entre décembre 1244 et juin 1245, peut-être le 1er mai 1245.
Toutefois, bien que toujours sous tutelle de sa mère, Jean avait pu remplir son office de sénéchal auprès du comte de Champagne dès 1239. En 1241, lors de l'adoubement à Saumur d'Alphonse de Poitiers, frère du roi Louis IX, Jean trancha devant son seigneur Thibaud IV (roi de Navarre depuis 1234) qui mangeait devant la table du roi. Cette cérémonie impressionna le jeune sénéchal qui s'en souvint 60 ans plus tard en rédigeant la Vie de saint Louis.
Une famille nombreuse
En 1240, selon du Cange, Jean épousa Alix de Grandpré, à laquelle il était fiancé depuis 1230 et qui venait sans doute d'atteindre l'âge nubile : Jean de Joinville s'alliait à une famille comtale champenoise. De ce mariage naquirent deux fils. La date de naissance du second, Jean, est, fait rare au Moyen âge, connue très précisément : le samedi 18 avril 1248 (nous y reviendrons). L'aîné, à qui avait été donné, comme c'était la coutume dans la famille, le nom de Geoffroy, vit donc le jour au plus tard au début de 1247. Ces deux fils décédèrent avant leur père.
Jean perdit sa mère Béatrix le 20 avril 1260 et sa femme Alix avant le 11 décembre 1261, date à laquelle il se remaria à une autre Alix, unique héritière de la seigneurie de Reynel : une des plus importantes seigneuries des confins champenois passaient dans les mains des seigneurs de Joinville. Alix de Reynel mourut en 1288 et fut enterrée à l'abbaye de Benoîtevaux. De ce second mariage, Jean eut quatre fils et deux filles. L'aîné des garçons s'appela Jean, comme son père mais aussi comme son frère né du premier lit et qui vivait encore : il devint sire de Reynel à la mort de son père en 1288. Le second fils, Anseau, mentionné pour la première fois en 1299, succéda à son frère Jean comme seigneur de Reynel en 1301 puis à son père Jean, dans la seigneurie de Joinville en 1317. le troisième, Gautier, seigneur de Beaupré, mourut avant 1308. le dernier, André, fut sire de Bonnet puis de Beaupré. L'aînée des filles, Marguerite, décédée avant 1306 épousa Jean de Charny ; la plus jeune, Alix, épousa en premières noces Jean d'Arcis et de Chancenay et se remaria, après 1307, à Jean de Lancastre, seigneur de Beaufort. Elle disparut après 1336.
Jean de Joinville et la Croisade : les combats en Egypte
La Croisade du roi constitue le cœur de la Vie de saint Louis. Ce récit montre que, un demi-siècle après les événements, Jean de Joinville avait conservé un souvenir très net de ce qui s'est passé pendant les six années qu'il passa en Egypte et en Terre Sainte. Son récit est d'ailleurs fondamental pour la connaissance des événements.
A la fin de l'année 1244, Louis IX tomba gravement malade mais, guéri, fit vœu de se croiser. Malgré l'absence de son seigneur le comte de Champagne Thibaud IV, Jean de Joinville décida de participer à l'expédition. C'est un engagement individuel : Jean refusa de prêter serment au roi parce qu'il n'était pas son vassal direct ; il n'était lié que par l'obéissance qu'il devait au comte de Champagne. Sans doute Jean voulait-il suivre l'exemple de ses prédécesseurs qui avaient participé à des croisades : son arrière grand-père, Geoffroy III accompagna le comte de Champagne Henri le Libéral de 1147 à 1149 ; son grand-père, Geoffroy IV, qui avait accompagné le comte Henri II en Terre Sainte en 1189 mourut en 1190 à Acre ; son oncle, Geoffroy V, qui ne fit pas partie des croisés qui détournèrent la IVe croisade vers Constantinople, mourut au Krak des Chevaliers ; son père, Simon lors de la Ve croisade, participa à la prise de Damiette le 5 novembre 1219.
A Pâques 1248 (le 19 avril), Jean annonça la nouvelle à ses vassaux réunis pour la naissance de son fils Jean : comme le montre l'épitaphe de Clairvaux, gravée par Jean en 1331 sur la tombe de son arrière-grand-père, Geoffroy III, la participation de ses prédécesseurs immédiats le marqua fortement et il voulut suivre leur exemple. Il emmena avec lui neuf chevaliers, probablement des vassaux, dont deux, en plus de lui, portaient bannière. Joinville dans la Vie de saint Louis ne donne pas leurs noms mais la liste peut être restituée : Hugues de Trichâtel, seigneur de Trichâtel (Thil-Châtel ?), seigneur de Conflans et Hugues de Landricourt portaient bannièe ; les autres furent Gautier de Curel, son homme lige, qui fit une donation à l'abbaye de Saint-Urbain avant de partir en croisade en juillet 1248 ; Gautier d'Ecurey qui, pendant la croisade, s'inquiéta de l'utilisation des feux grégeois par les musulmans ; Erard de Sivry-sur-Ante, Raoul de Vanault-le-Châtel, Hugues d'eEot-la-Combe, Frédéric de Louppy-le-Château et Renaud de Menoncourt (Menaucourt ?) complétaient la troupe.
La situation financière du seigneur de Joinville n'était pas brillante car ses rentes, d'après son propre témoignage, ne se montaient même pas à 1000 livres. Jean engagea donc à Metz une partie de ses terres et se fit verser par Henri de Grandpré 300 livrées de terre sur les 500 qui constituaient la dot de sa femme. Devant payer ses chevaliers, mais aussi son voyage, il loua une nef avec un cousin lointain, Geoffroy II d'Apremont, comte de Sarrebrück. En juillet 1248, avant de se mettre en route, Jean de Joinville multiplia les largesses envers plusieurs établissements religieux (Montier-en-Der, Saint-Laurent de Joinville, le Val d'Osne, le Val des Ecoliers et Ecurey). Deux de ces prédécesseurs ayant péri en Terre Sainte, il connaissait les risques de l'expédition : les bénéficiaires de ces donations devaient célébrer son anniversaire après sa mort.
Ayant reçu son écharpe et son bourdon de pèlerin de l'abbé de Cheminon, Jean visita Blécourt, Saint-Urbain et d'autres lieux de dévotion, puis par Auxonne, Lyon et Arles, il gagna Marseille où il embarqua en août 1249. Le passage de la Vie de saint Louis évoquant le départ de Jean, rempli d'émotion, est resté célèbre :
Et lors je me parti de Joinville sanz rentrer ou chasteau jusques a ma revenue, a pié, deschaux, et en langes, et ainsi alé a Clechicourt en pellerinage et a saint Urbain et autres cors sains qui la sont. Et endementieres que je aloie a Blechicourt et a saint Urbain, je ne voz onques retourner mes yex vers Joinville, pour ce que le cuer ne me attendrisit du biau chastel que je lessois et de mes .II. enfans.
Jean partait pour une aventure dangereuse. Il ne savait pas s'il reviendrait à Joinville et l'a dit à ses vassaux réunis dans son château : "Seigneurs, je m'en voiz outre mer et je ne scé se je reviendrai". Jean navigua jusqu'à l'Ile de Chypre où le roi, arrivé le 18 septembre, avait décidé de passer l'hiver. Cette situation inquiéta Jean qui n'avaient plus que 240 livres, car certains de ses chevaliers menaçaient de l'abandonner. Louis IX le prit alors à ses gages en lui donnant la somme de 800 livres : le roi, qui aida d'autres croisés, ne souhaitait pas voir son armée se débander.
Les navires des croisés quittèrent Limassol le 13 mai, mais à la suite d'une tempête ils durent se regrouper : le départ définitif de la flotte vers l'Egypte eut lieu le 30 mai ; dès le 4 juin, ils étaient en vue de Damiette, la ville assiégée autrefois par Jean de Brienne et Simon de Joinville. Jean de Joinville, qui n'était accompagné d'aucun de ses vassaux, fut un des premiers à débarquer. Le 6 juin, le roi de France était maître de la ville : ce rapide succès, comparé au long siège de 1218-1219, fut considéré par Jean comme miraculeux. Louis IX attendit quelques mois l'arrivée de son frère Alphonse de Poitiers pour marcher sur Le Caire. Le 19 décembre, le roi arriva en face de la forteresse de Mansourah, protégée par un bras du Nil. Les Champenois, chargés avec le comte de Poitiers de garder le camp des croisés, du côté de Damiette se trouvèrent en première ligne. Le 8 février 1250, au cours d'un combat contre un groupe de Turcs, Jean de Joinville, Erard de Sivry, Hugues d'Ecot, Raoul de Vanault et Frédéric de Louppy furent blessés. Hugues de Conflans fut tué et Erard de Sivry mourut des suites de ses blessures. En outre, la veille de la bataille, Jean avait déjà enterré Hugues de Landricourt, un de ses chevaliers bannerets. Dans la Vie de saint Louis, Jean raconte que lors de ces obsèques six de ses chevaliers avaient troublé l'office et que Dieu les punit puisque le lendemain, ils furent tous tués ou blessés à mort. Hugues de Conflans et Erard de Sivry figuraient sans doute parmi les perturbateurs. La petite troupe fut délivrée par Charles d'Anjou, mais les blessures des chevaliers champenois étaient si vives que, le lendemain, ils ne purent revêtir leur haubert.
Plus tard, alors que l'armée royale était refoulée vers le fleuve, Jean, avec l'aide du comte de Soissons et de Pierre de Neuville, se chargea de défendre un pont pour empêcher l'arrivée de renforts turcs. Le chroniqueur se protégea des flèches musulmanes avec une veste rembourrée d'étoupe, prise à un sarrasin, et remplaça sa lance par une bannière terminée par un fer de lance qui lui avait été remise par un bourgeois de Joinville. Mais bientôt, les croisés – et Jean de Joinville lui-même – commencèrent à souffrir de la faim et surtout du scorbut. Pour Joinville les croisés furent malades en raison du manque d'eau et surtout parce que les poissons qu'ils consommaient avaient mangé les corps des soldats tués qui flottaient sur le fleuve. Le scorbut était dû sans doute à un régime alimentaire déséquilibré. Le roi décida donc, au début du mois d'avril, de ramener l'armée au nord du Nil puis de se retires sur Damiette. Joinville n'avait plus alors avec lui que deux chevaliers, dont Raoul de Vanault qui avaient eu les deux jarrets coupés lors du combat du 8 février. Au cours de la retraite, Louis IX et Joinville furent faits prisonniers ; Jean de Joinville fut épargné en se faisant passer pour un cousin du roi. Après de longs pourparlers, au cours desquels la vie des prisonniers fut plusieurs fois mise en péril, le roi et quelques-uns de ses compagnons, dont Jean de Joinville, furent libérés le 6 mai 1250. Quand il fallut verser l'énorme rançon exigée par les Musulmans, Joinville conseilla au roi d'en emprunter une partie aux Templiers : ceux-ci n'acceptèrent que lorsque le sénéchal eût menacé d'ouvrir le coffre par la force.
Le séjour de Jean de Joinville en Terre sainte et le retour en France
Le 8 mai 1250, Louis IX, accompagné de Jean de Joinville et de plusieurs de ses barons, s'embarqua pour Acre, tenue par les Croisés depuis la première croisade. Pendant les six jours que dura la traversée, Jean s'assit souvent auprès du roi qui lui fit maintes confidences. A Acre, Jean, qui avait tout perdu, prit à son service un chevalier de son pays, Pierre de Bourbonne, qui le cautionna dans la ville pour qu'il se vêtît et s'équipât. Le roi, en lui payant les 400 livres dues par Pierre de Courtenay, permit au sénéchal de pourvoir à ses dépenses quotidiennes et d'engager des hommes, comme Jean Caym de Sainte-Menehould. C'est pendant son séjour à Acre, entre le départ des frères du roi et celui du roi lui-même pour Césarée, que Jean rédigea un commentaire du Credo, illustré de miniatures.
Louis IX envisagea lors de regagner la France. Jean de Joinville rapporte que, lors de la réunion du conseil, la plupart des barons conseillèrent au roi de partir, alors que le comte de Jaffa, Jean de Joinville, le maréchal Guillaume de Beaumont et Erard de Chacenay préconisaient le contraire ; huit jours plus tard, le roi annonça à ses fidèles qu'il avait décidé de rester en Terre Sainte. Les historiens ont mis en doute cette version, bien que les détails donnés par Joinville témoignent de sa sincérité. Nous savons, en outre, par la lettre du roi rapportée en France par ses deux frères, Charles d'Anjou et Alphonse de Poitiers, que Louis IX avait d'abord eu l'intention de rentrer en France mais, qu'apprenant la trahison des émirs, il avait décidé, après avoir consulté ses barons, de rester. Quel fut en réalité le déroulement des événements ? Le 26 juin, le roi, qui avait auparavant invité les croisés à réfléchir, réunit les barons de France pour recueillir leur avis : la plupart, contrairement à Joinville et à quelques autres, préconisèrent le départ ; ayant alors appris que le sultan d'Egypte n'avait pas libéré tous les prisonniers, le roi convoqua le 3 juillet une nouvelle assemblée composée "des barons de France, des chevaliers du temple, de l'Hôpital, de l'Ordre Teutonique, et des barons du royaume de Jérusalem", qui lui recommanda de ne pas abandonner les chrétiens captifs. Soixante ans après ces événements, Jean de Joinville se souvenait donc de l'essentiel pour lui : il fut dès le début un des rares seigneurs à s'opposer au retour du roi en France et Louis IX, finalement, avait suivi son avis.
Louis IX versa à Jean de Joinville 2000 livres pour le retenir à ses gages jusqu'à Pâques. Un peu plus tard le roi engagea quarante chevaliers de la cour de Champagne et les mit dans le corps de bataille de Jean qui venait de recruter trois chevaliers bannerets dont Pierre de Montmolain. Dans la Vie de saint Louis, il précisa que les Champenois, au cours des combats, avaient perdu 35 chevaliers portant bannière. En avril 1253, Louis IX, qui avait décidé de garder le sénéchal de Champagne un an de plus à son service, lui donna une rente annuelle et héréditaire de 200 livres ; en échange, Jean lui prêta hommage lige contre tous, sauf la fidélité due aux comtes de Champagne et aux comtes de Bar. Lors de l'attaque du château de Baniyas, en juin 1253, Jean prit part au combat avec le corps de bataille du roi. Il fut un instant en péril et un de ses chevaliers, Jean de Bussy, neveu d'Hugues d'Ecot, fut tué devant lui. Finalement, Jean, que la rumeur disait mort, fut sauvé par Olivier de Termes et les Languedociens.
Pendant son séjour en Terre Sainte, Joinville souhaita se rendre en pèlerinage à Notre-Dame de Tortose ; ce voyage le conduisit à Tripoli, auprès de Bohémond VI, prince d'Antioche et comte de Tripoli, qui lui fit présent de reliques, notamment d'un fragment du chef de saint Etienne, qu'il donna aux chanoines de Châlons le 22 novembre 1309, et, probablement aussi de la ceinture de saint Joseph qu'il offrit aux chanoines de Saint-Laurent de Joinville. C'est sans doute au cours de ce pèlerinage que Jean se rendit au Krak des Chevaliers, où il découvrit l'écu de son oncle Geoffroy V.
Le roi, après avoir fortifié Sidon, Césarée, Jaffa et Acre, quitta définitivement la Palestine le 24 avril 1254. Le retour fut pénible. Au cours d'une tempête, la reine fit le vœu d'offrir une nef d'argent à saint Nicolas de Varangéville et Jean promit de la porter lui-même a pié et deschaus. Un peu plus tard, un écuyer tombé à la mer fut sauvé en priant la Vierge au lieu de nager. Joinville fit peindre ce miracle à Saint-Laurent de Joinville et sur les verrières de Blécourt, où le vitrail subsiste toujours. Le 23 juillet 1254, les croisés accostèrent enfin à Hyères. Jean accompagna le roi jusqu'à Beaucaire puis, après avoir rendu visite à sa nièce Béatrix, dauphine de Viennois, à son oncle le comte Jean de Chalon et à son cousin le comte de Bourgogne (cette énumération, donnée par Jean de Joinville dans la Vie de saint Louis, témoigne de la haute noblesse de ses liens familiaux), il rentra à Joinville, au plus tard en décembre 1254.
Les conséquences de la croisade : les problèmes financiers.
Seule l'aide du roi avait permis à Joinville de poursuivre son action en Terre Sainte. A son retour en France, sa situation financière s'était aggravée et les difficultés allaient s'accroître : pendant son séjour outre-mer, les sergents du roi de France et du comte de Champagne avaient appauvri ses gens ; la croisade avait grevée lourdement, et pour longtemps, les finances de Jean de Joinville. Dans les années qui suivirent, il multiplia les ventes et les emprunts.
En septembre 1256, Jean vendit à Thiebaut, comte de Bar, pour 160 livres ce que le sire de Gondrecourt tenait de lui à Badonvilliers et à Gérauvilliers ; en juillet 1263, il vendit pour 400 livres douze livrées de terres que le comte donna en fief au seigneur de Reynel ; en mars 1264 il céda des vignes à Saint-Laurent de Joinville pour 58 livres et à Montier-en-Der pour 40 livres. Les abbayes, en raison de leur richesse, figurèrent parmi les principaux acquéreurs : Montier-en-Der, le 1er novembre 1264 acheta pour 731 livres et 9 sous tout ce qui avait appartenu à Aude de Dammartin ; Ecurey, une rente à Paroy en mars 1265 et la grange de Bailly le 19 octobre 1266 ; Saint-Mihiel, une rente de vingt setiers de grains à Bure en 1276 ; Vaux-en-Ornois, des terrages à Taillettes en 1276 ; la commanderie de Ruetz, des droits sur le bois de Rippes en mai 1277 et sur une terre à Rachecourt-sur-Marne en mars 1279 ; le val d'Osne, un bois en avril 1293. Des communautés rurales furent aussi mises à contribution : les bourgeois de Mathons en juin 1261 et les habitants de Mussey en août 1277 ; les bourgeois de Joinville, en 1302 acquirent pour 50 livres le gibier à poil de la Vendue-Ouvri. Lors de plusieurs ventes, Jean conserva certains droits rémunérateurs : la garde et la justice des terrages des Taillettes ; la garde du bois de Rippes ; la justice et la moitié des amendes du bois vendu au Val d'Osne. Ces ventes s'avérant insuffisantes, Jean de Joinville dut aussi emprunter : 528 livres au comte de Champagne le 26 août 1268 ; 30 livres à Saint-Laurent.
D'autres méthodes furent utilisées pour augmenter les revenus : en janvier 1263, Jean échangea avec l'abbaye de la Crête les biens qu'il possédait, par son mariage avec Alix de Reynel, à Cirey-les-Mareilles contre des biens de l'abbaye sis à Bettoncourt. Mais l'accord prévoyait en fait que chacune des deux parties vendait à l'autre ses biens, le tout étant soumis à deux arbitres. Jean, en attendant l'évaluation des biens concernés, dans les quarante jours, recevait 200 livres. L'échange fut confirmé définitivement en mars 1263, mais il n'était nullement question d'une quelconque somme d'argent dans la charte de Jean et Alix de Reynel. Il engagea la mouvance de Champagne de Chancenay pour 1500 livres à Jean de Dampierre avant mars 1288 ou mars 1289. En 1287, il reprit d'Otte, comte de Bourgogne, vingt livrées de terre à Rupt, en représentation d'un don de 300 livres. Au moment de certaines fêtes, Jean fit appel aux habitants de Joinville : en décembre 1274, lors de l'adoubement de son fils, il accorda à ses bourgeois, qu'il avait "gagés", quelques libertés et une lettre de non préjudice ; en 1300, au moment du mariage de sa fille Alix avec Jean d'Arcis et de Chacenay, ils lui versèrent 200 livres pour le cinquantième que lui avait demandé le roi pour financer l'expédition de Flandres. Malgré ces difficultés financières, Jean donna à sa fille Alix une dot de 3000 livres et une rente de 300 livres en terre. La situation s'était-elle améliorée ? En fait, ne serait-ce pas pour régler ses ennuis financiers que, comme nous le verrons, Jean de Joinville, sans attendre l'issue du procès, renonça, en 1308, à la garde de l'abbaye de Saint-Urbain, moyennant 1200 livres. De même, en 1310, il avalisa par son sceau une singulière opération financière : les bourgeois de Joinville empruntèrent 1000 livres en émettant, à Reims, des titres rapportant un intérêt viager ; Anseau, fils de Jean, déclara avoir touché le capital versé et s'engagea, en donnant en garantie ses biens meubles et immeubles, à payer régulièrement les intérêts : l'endettement des Joinville était tel et leur garantie sans doute jugée si peu sûre, qu'ils durent faire appel aux bourgeois de Joinville pour obtenir un prêt.
L'amélioration des ressources passait aussi par une amélioration des divers revenus (rendements agricoles, taxes…) et une meilleure gestion de la seigneurie. La charte de franchises concédée à la ville de Joinville en 1258 accordait certains privilèges aux habitants, peut-être en réparation des dommages qui leur avaient été causés pendant la croisade de leur seigneur ; mais Jean se réservait un certain nombre de droits, en particulier le service d'ost et surtout ceux qui étaient sources de revenus, comme le droit de gîte, les banalités, les marchés et les foires, certains droits d'usage… En décembre 1264, il conclut avec l'abbaye de Saint-Mansuy de Toul un contrat de pariage pour tout ce qu'ils avaient à Germay et aux environs et de construire dans ce finage une villeneuve, Sainte-Croix, aujourd'hui Germisay ; améliorant les revenus de son domaine, il fonda d'autres villeneuves, Ferrières vers 1270 et Monthoil, village aujourd'hui disparu, en 1307. Enfin, il affranchit les hommes de Montiers-sur-Saulx en octobre 1266 et ceux de Reynel vers 1270.
Jean de Joinville et les abbayes : le conflit avec Saint-Urbain
Les difficultés financières de Jean de Joinville, au retour de la croisade, expliquent que jusque dans les années 1260, Jean de Joinville n'ait guère fait de legs aux abbayes : les chartes accordées aux établissements religieux sont essentiellement des confirmations de donations effectuées par ses ancêtres ou ses vassaux. Ses largesses furent peu importantes : un demi-muid de vin par an à Remonvaux en janvier 1257 ; une rente de six émines de blé à la collégiale castrale de Reynel en mars 1264 ; 1200 harengs à prendre chaque année sur la vente et le péage de Joinville aux religieuses du Val d'Osne le 28 avril 1267 ; les Templiers de Ruetz reçurent l'autorisation d'établir sur la Marne un pont à Bayard en octobre 1272 et un moulin en décembre 1277, ainsi que des biens à Juvigny en décembre 1275 ; des bois à Benoîtevaux en 1272 ; deux parties de la dîme d'Oflaincourt au finage de Rimaucourt aux Templiers de Thors en mars 1278 ; le pressoir d'Osne fut donné à l'abbaye d'ecurey en mai 1302 ; Saint-Mansuy de Toul reçut douze setiers de blé et l'autorisation d'acheter des terres dans sa seigneurie le 28 juillet 1302 ainsi qu'un bois en avril 1310 ou 1311 ; Jean de Joinville confirma une rente de 40 sous et des reliques à Saint-Etienne de Châlons le 22 novembre 1309.
Néanmoins, un établissement religieux fut privilégié, la collégiale Saint-Laurent de Joinville. Les chanoines reçurent chaque année 42 livres (contre 15 au temps de ses prédécesseurs) sur les premiers revenus des arpents de Joinville en novembre 1266, puis douze setiers dans la villeneuve de Ferrières en septembre 1276, dix livres sur les amendes pour le rétablissement du Pré Saint-Laurent, sis dans les îles, au-dessus des écluses de Joinville en février 1278, un homme avec sa femme pour faire le service de l'église en juillet 1281. Toutefois le seigneur de Joinville et les chanoines tenaient à leurs droits respectifs. Les possessions de Saint-Laurent furent confirmées le 5 juin 1271, mais Jean se réserva la faculté d'échanger les acquisitions faites depuis moins de trente ans. En juillet 1258, Jean reconnut qu'il ne pouvait pas faire chanter la messe dans l'oratoire que le chapitre de Saint-Laurent l'avait autorisé à établir dans la tourelle de son château. Le 14 septembre 1271, il donna des lettres de non-préjudice au chapitre de Saint-Laurent qui lui avait permis de faire chanter la messe dans son château de Joinville alors qu'il était malade, lettres renouvelées en mai 1273. Les chanoines consentirent à la fondation d'une chapelle dédiée à saint Louis dans leur collégiale.
Toutefois les relations avec les établissements religieux étaient parfois tendues et nécessitaient une mise au point ou un compromis. Le 9 septembre 1258, Jean de Joinville approuva le règlement adopté par l'abbaye de Molesme pour la réforme et l'administration du prieuré féminin du Val d'Osne (en particulier les rapports entre Molesme, le Val d'Osne et les seigneurs de Joinville). En 1295, il régla un conflit avec l'abbaye d'Ecurey, abbaye fondée par son ancêtre Geoffroy III, qui était de sa garde : renonçant à son intention de demander aux moines de faire "fermetei en lour maison de Joinville pour esmandeir la force de la ville pour raison de la guerre aparent au païs", il accepta la construction par les religieux de loges (qui servaient de greniers et de caves) en ce lieu et s'engagea à faire abattre deux piliers que Jacques de Florence avait construits sans son autorisation, devant cette maison. En avril 1306, une nouvelle querelle opposa Jean à Ecurey : les moines lui octroyèrent deux pièces de vigne et le moulin de Chevillon, et en échange il leur accorda le droit de faire paître tous leurs porcs dans la forêt de Montiers-sur-Saulx, la moitié de cette forêt en toute propriété et une rente de dix setiers de grains sur Gourzon. Un désaccord surgit également avec l'abbaye de Saint-Jean de Laon à propos de divers droits à Richecourt, Bonnet, Mandres et en d'autres lieux : les moines, prétendant que leur prieuré de Richecourt, dans le diocèse de Toul, était sous la garde du roi, le Parlement de Paris, le 21 mai 1279 les débouta et les renvoya à la cour de Champagne pour obtenir justice du sire de Joinville. Le conflit s'apaisa en juillet 1286.
Les seigneurs de Joinville s'étaient souvent opposés aux abbayes dont ils avaient la garde. Jean semble avoir respecté l'accord conclu par son père avec Montier-en-Der, mais les rapports avec Saint-Urbain, qui s'étaient dégradés au temps de Simon, s'aggravèrent et le conflit fut particulièrement aigu pendant un demi-siècle. Entre 1258 et 1261, lors du choix d'un nouvel abbé, les moines se querellèrent et élurent deux candidats, dont l'un, Geoffroy, était soutenu par Jean de Joinville. Pour les départager, l'évêque de Châlons consacra un troisième personnage, Jean de Mimery. Pendant que Geoffroy allait plaider sa cause à Rome, Jean mit la main sur l'abbaye, ce qui lui valut d'être excommunié par l'évêque. L'affaire fut alors portée devant le Parlement de paris. En 1261, lorsque les évêques, au cours d'une assemblée, exprimèrent au roi leurs doléances, l'évêque de Châlons demanda à Louis IX ce qu'il comptait faire "au sujet du seigneur de Joinville, qui enlève à ce pauvre moine l'abbaye de Saint-Urbain". Le roi lui fit alors remarquer qu'il était excommunié et qu'il ne pouvait donc pas l'écouter. Le prélat mourut peu après et Geoffroy devint abbé de Saint-Urbain.
L'élection du candidat de Jean n'apaisa pas les querelles antérieures. Parfois, la question était assez vite réglée : lors de la fondation de la maison-Dieu de Joinville, en 1263, Jean fut autorisé par l'abbé de Saint-Urbain à fonder une chapelle, à condition qu'elle n'eût pas de cloche, qu'on n'y fît pas de cimetière et que les offrandes appartinssent à l'abbaye de Saint-Urbain et à l'église paroissiale de Joinville. La situation dégénérant, il fallut faire appel à deux arbitres, le curé de Saint-Dizier et un chevalier, qui établirent un compromis en juillet 1264 : les moines pouvaient prendre du bois dans la forêt de Mathons pour la réfection d'une tuilerie ; le sire de Joinville ne pouvait réclamer aucun charroi ni aucune taille ou prendre un homme ou une femme de la terre de Saint-Urbain, mais il gardait le droit de gîte pour ses chiens et des veneurs une fois par an en certains villages de l'abbaye, etc. Deux ans plus tard, le conflit s'envenima car les moines de Saint-Urbain mirent en cause la garde même de l'abbaye et firent appel au roi. Le comte de Champagne Thibaud V, le 21 mai 1266, prit la défense de son sénéchal et demanda à Louis IX de se déclarer incompétent pour juger la contestation, mais l'année suivante le Parlement de Paris refusa au comte de Champagne la connaissance de cette affaire. Malgré la nomination de deux nouveaux arbitres, l'abbé de Boulancourt et le doyen de Bar-sur-Aube, qui conclurent un accord le 7 novembre 1266, les contestations se poursuivirent, comme lors de la fondation de la villeneuve de Ferrières dans le bois de Mathons, où les hommes de Saint-Urbain avaient leurs usages.
En fait, à la base de tous ces conflits, il y avait le rejet par les moines de la garde exercée par le sénéchal de champagne : en juillet 1275, un certain nombre d'entre eux s'engagèrent à défendre leurs droits contre le seigneur de Joinville et à poursuivre le procès qu'ils lui avaient intenté, mais quelques religieux se laissèrent assurément entraîner dans le camp du sénéchal. Le 28 juillet 1285, parce que les seigneurs qui devaient les protéger se livraient à des déprédations, trente-sept moines déclarèrent solennellement qu'ils étaient résolus à poursuivre leur procès contre Jean et ses héritiers et à leur résister : si l'un d'entre eux cédait, il serait excommunié et exclu de toute participation aux biens spirituels et temporels du monastère. Persévérants, les moines de Saint-Urbain s'engagèrent en octobre 1288 à ne jamais recourir aux seigneurs de Joinville comme gardiens ou avoués de leur abbaye. Aux Grands jours de Troyes, cette même année, les religieux produisirent une charte démontrant que la garde appartenait au comte de Champagne, mais Jean contesta l'authenticité de ce document. Le conflit se termina à la fin du règne de Jean. Le 11 juin 1308, avant le règlement de l'affaire par la cour de Champagne, le sénéchal, avec l'assentiment de ses deux fils survivants, Anseau, sire de Reynel, et André, seigneur de Beaupré, renonça à tous ses droits sur la garde de Saint-Urbain et consentit, moyennant 1200 livres à ce que cette garde fût transférée au roi de France. Celui-ci, l'année suivante, autorisa l'abbaye à lever des tailles sur les hommes de Saint-Urbain;
Mais le conflit reprit très vite : le 22 avril 1310, les moines adressèrent à l'évêque d'Albi, légat du Saint-Siège, une lettre où ils se plaignaient des agissements de quatre moines qui avaient volé puis porté au château de Joinville des chartes relatives aux droits de l'abbaye. Leur "antique ennemi" les ayant alors brûlées, les moines, en l'absence de ces documents, durent faire une transaction qui leur coûta 2000 livres. Le sénéchal qui était, à leurs yeux, le commanditaire du vol, poursuivit ses agressions contre l'abbaye : les quatre moines, accompagnés d'hommes armés, attaquèrent les prieurés voisins de sainte-Ame et de Saint-Jacques, expulsèrent les prieurs et pillèrent les biens. Ils menaçaient également de massacrer l'abbé et de brûler les bâtiments et les granges de l'abbaye. Aussi les moines se plaçèrent-ils sous la sauvegarde du roi et demandèrent au pape de les protéger. Cette nouvelle affaire fut portée devant les Grands Jours de Troyes et le fils aîné du roi de France, le futur Louis X, alors comte de Champagne, rendit une sentence définitive le 24 septembre 1310. Jean fut condamné à payer 200 livres de dommages et intérêts pour les dégâts commis aux couvents de Saint-Jacques et de Sainte-Ame ; il renonça à sa plainte au sujet des dommages que les moines avaient, selon lui, commis dans ses bois ; il ne devait ni aider ni conseiller les hommes de Saint-Urbain en conflit avec l'abbaye ; les autres motifs de querelles étaient soumis à des arbitres, sous peine d'une amende de mille marcs d'argent, partagée entre la partie lésée et le comte de Champagne. Ainsi se terminait le long conflit qui avait opposé l'abbaye à son avoué. Néanmoins, quelques contestations, moins violentes surgirent encore : en février 1316 Louis X autorisa Jean à vendre à Saint-Urbain 180 arpents de son bois de Mathons au lieu de 500, comme il y avait précédemment consenti : cette transaction ne fut cependant pas suivie d'effet et, en septembre 1322, le roi Charles le Bel confirma à Anseau, successeur de jean, cette autorisation.
Jean de Joinville et Louis IX après la croisade
Devenu l'ami de saint Louis, Jean de Joinville fut souvent à ses côtés après leur retour de croisade. En octobre 1254, il était à Soissons et, quelques mois plus tard, il fut chargé de négocier le mariage du comte de Champagne Thibaud V avec Isabelle, la fille du roi : la cérémonie eut lieu en avril 1259. Un jour, Louis IX le fit asseoir à côté de lui, à la place que le propre fils du roi, Philippe, et son gendre, Thibaud V, n'avaient osé occuper ; en 1259, il assista au règlement du différend de l'archevêque de Reims avec l'abbé de Saint-Remi. A la Pentecôte 1260, sans doute, Louis IX le mit aux prises avec Robert de Sorbon. Jean remplit son office de sénéchal en servant Thibaud V à l'occasion des noces, en 1262, et de l'entrée en chevalerie de Philippe, fils du roi de France, le 5 juin 1267. Il demanda, comme c'était la coutume, la vaisselle utilisée au cours de ces deux cérémonies, mais Thibaud V refusa car cette vaisselle appartenait au roi de France. Néanmoins, le 17 avril 1268, le comte de Champagne accorda à son sénéchal et à ses héritiers, des lettres de non-préjudice, afin que les droits du sénéchalat fussent réservés. En 1267, lorsque le roi convoqua tous ses barons, Jean de Joinville, malade, lui demanda d'être dispensé du voyage. Louis IX lui fit savoir qu'il tenait à sa présence. Au cours de cette réunion, le roi annonça qu'il se croisait avec ses trois fils. Avec Thibaud V, il pria Jean de se joindre à lui, mais le sénéchal refusa en proclamant : "Si je mettais mon corps en l'aventure du pèlerinage de la crois, je vois clairement que ce serait pour le mal et le dommage de mes gens". Il prenait assurément en compte les ennuis financiers qui avaient suivi son retour de la croisade de 1248-1254. C'est au cours de cette nouvelle croisade que Louis IX décéda en 1270.
En 1282, Jean, appelé à témoigner au procès en canonisation de louis IX, fut interrogé pendant deux jours à Saint-Denis par les représentants du pape, l'archevêque de Rouen et Jean de Samois. Ce dernier, lors de la canonisation de saint Louis, le 25 août 1297, rappela la loyauté de Louis IX en citant le témoignage de Jean et en le prenant à témoin. Peu après, le saint roi apparut en songe à Jean qui, regrettant que Louis IX n'ait pas été rangé parmi les martyrs, décida de lui dédier une chapelle dans la collégiale Saint-Laurent. En 1308, les chanoines l'autorisèrent à fonder cette chapelle. Le chroniqueur termina sa Vie de saint Louis en demandant au futur Louis X, à qui l'ouvrage fut dédié, de lui envoyer, pour cette chapelle, une relique de saint Louis.
Jean avait commencé cette Vie de saint Louis à la demande de la reine Jeanne de Navarre, vers 1305. La rédaction fut terminée en octobre 1309. Jeanne, comtesse de Champagne, étant morte le 2 avril 1305, l'ouvrage fut dédié "à son seigneur Louis, roi de Navarre, comte de Champagne"… mais aussi héritier du trône sur lequel avait siégé son aïeul, le saint roi dont il portait le nom. Dans cet ouvrage, Jean, en faisant l'apologie du saint roi, regrettait la période où il était proche du grand roi. Mais en même temps, comme l'a souligné Franck Collard, il s'agissait aussi d'une "sévère mise en garde adressée au pouvoir capétien contre la dérive autoritaire que lui a fait prendre le roi qui règne depuis 1285, Philippe le Bel…" Jean était "le héraut de l'aristocratie radicalement hostile à une monarchie qui menace les libertés de la noblesse des régions".
Jean de Joinville et Philippe IV le Bel
Philippe IV le Bel, le 10 juillet 1302, demanda à Jean et à d'autres seigneurs de se trouver à Arras le 15 août suivant : le seigneur de Joinville de prit pas part à la défaite du roi, le lendemain, à Courtrai. Mais, le souverain ayant besoin d'argent, Louis dut envoyer la moitié de sa vaisselle d'argent à la monnaie.
Le 5 août 1303, le roi le convoqua pour une nouvelle expédition en Flandre. Jean et de nombreux barons, parmi lesquels figuraient ses fils Jean d'Ancerville et Anseau de Reynel, son neveu Gautier de Vaucouleurs (tué à La Bassée en 1305) et d'autres membres de sa famille. Jean et les nobles de champagne participèrent vraisemblablement à la victoire de Philippe IV le Bel sur les Flamands à Mons-en-Pévèle, le 18 août 1304.
Malgré son âge, Jean continua à remplir les obligations de sa charge de sénéchal de Champagne, même si la Champagne était maintenant dans les mains du roi. A la fin de l'année 1311, Philippe IV le Bel le chargea d'aller demander réparation au duc de Lorraine Thibaud II qui avait malmené et emprisonné les hommes de Neufchâteau et de Châtenois, placés sous la garde du comte de Champagne : en plein hiver, Jean, âgé de 86 ans, et quelques chevaliers menèrent une expédition contre le château de Darney.
A l'automne 1314, un grand mouvement de contestation de la politique fiscale et financière de Philippe IV éclata dans le royaume et les nobles, qui craignaient les empiètements royaux sur leurs prérogatives, en prirent la direction : des ligues nobiliaires se formèrent dans plusieurs régions et Jean adhéra à celle de Champagne en novembre. En mai 1315, Louis X, successeur de Philippe IV le Bel donna satisfaction aux nobles champenois.
Le mois suivant, le roi décida de marcher contre les Flamands et Jean, âgé alors de 90 ans fut convoqué à Authies pour la mi-juin. Le 8 juin, Jean, qui n'avait pas fait de préparatifs parce qu'on disait que la paix régnait, écrivit au roi qu'il venait seulement de recevoir sa lettre et que, ne pouvant pas être au rendez-vous fixé, il marcherait le plus tôt possible contre les Flamands. Nous ignorons le rôle précis de Joinville dans ce conflit. Se rendit-il à l'ost ?
A la fin de sa vie, Jean de Joinville jouissait d'un grand prestige : son grand âge et surtout son amitié avec Louis IX, le saint roi, lui valaient de tenir une place à part à la cour du roi de France, dont il était le sénéchal pour la Champagne. Le florentin François de Barberino, qui visita la cour de Joinville entre 1309 et 1313, le qualifiait ainsi : "… monseigneur Jean de Joinville, chevalier d'un grand âge, le plus expert dans ces questions de ceux qui vivent aujourd'hui, et dont la parole jouit d'une grande autorité aussi bien près du roi de France que d'autres personnes de son entourage…".
La mort de Jean de Joinville et son tombeau
Anseau, fils de Jean, est qualifié de seigneur de Reynel le 15 novembre 1317 et de seigneur de Joinville en juin 1318. c'est donc entre ces deux dates qu'est décédé le chroniqueur. L'obituaire de Saint-Laurent de Joinville, mentionnant son obit au 24 décembre, il semble raisonnable de fixer la date du décès du sénéchal au 24 décembre 1317, dans sa 93e année, âge exceptionnel pour un homme du XIIIe siècle qui avait enduré mille maux en Egypte. A la fin de sa vie, malgré son grand âge, il était encore actif. Certes, son fils Anseau était de plus en plus présent dans les actes élaborés au début du XIVe siècle, mais Jean rédigea, ou plutôt dicta, sa Vie de saint Louis, entre 1304/5 et 1309 à plus de 80 ans. En 1311, il composa à la mère de son ancêtre Geoffroy III l'épitaphe de Clairvaux. A la fin de sa vie, Jean de Joinville écrivit de sa propre main, sur cinq actes parvenus jusqu'à nous, la formule "ce fu fait par moi".
Jean de Joinville fut inhumé dans la chapelle Saint-Joseph de la collégiale Saint-Laurent de Joinville, à droite de l'autel, sous une arcade percée dans le mur qui séparait cette chapelle du sanctuaire. Pour la première fois, un membre de la famille élisait sa sépulture dans la collégiale castrale qui allait devenir un sanctuaire familial : la plupart des successeurs jusqu'en 1675 (sauf 5 : Henri de Vaudémont, Antoine de Vaudémont, rené II, Henri Ier de Guise et François-Joseph de Lorraine) y furent inhumés.
Le tombeau de Jean de Joinville n'est connu que par un dessin du XVIIIe siècle, exécuté par le chanoine Paillette, doyen de Saint-Laurent, mais ce tombeau ne peut être antérieur à la Renaissance. Il se composait d'un sarcophage et d'un gisant en pierre. Le sire de Joinville y portait, sur une armure de mailles, qui ne laissait apparaître que le visage une longue cotte d'armes sans manches. Une épée était attachée à la ceinture et, au bras gauche, pendait un écu portant les armes adoptées par Geoffroy V de Joinville. En 1629, à l'occasion de travaux à Saint-Laurent, le tombeau de Jean fut ouvert et l'auteur anonyme de l'Histoire de la Principauté de Joinville, publiée en 1632, rapporte que la tête (très grosse selon Du Cange) et la mâchoire furent déposées dans le trésor de Saint-Laurent alors que les autres ossements étaient remis dans la tombe. Avant 1629, une épitaphe en latin gravée sur cuivre avait été ajoutée au tombeau mais elle n'apporte rien de nouveau sur la vie de Jean de Joinville.
Au cours de son long règne, Jean de Joinville vit mourir ses trois fils aînés : la seigneurie revint à Anseau, seigneur de Reynel depuis mars 1301, qui avait épousé, avant 1302, Laure, fille de Simon, seigneur de Commercy et comte de Sarrebruck : cette alliance avec une des familles de la haute noblesse lorraine témoigne du renom de la famille de Joinville. Son second mariage, avec Marguerite, fille du comte Henri III de Vaudémont, en 1323, fut encore plus prestigieux et Anseau ne se trompa pas quand il eut un fils : pour la première fois dans l'histoire de la famille, l'aîné ne porta pas le nom de Geoffroy mais reçut celui d'Henri, porté par les Vaudémont… Cette réussite, la famille de Joinville la devait en grande partie à Jean de Joinville. On la vit même s'illustrer à l'étranger : le frère de Jean, Geoffroy de Vaucouleurs, connut une brillante carrière en Angleterre, où il avait sans doute suivi son beau-frère Pierre de Savoie, exerçant en 1273 la charge de grand justicier en Irlande ; le premier enfant de Joinville et d'Alix de Grandpré, Geoffroy, sire de Briquenay, se rendit en Italie où il devint un des conseillers de Charles Ier d'Anjou.
Conclusion
Au XIIe siècle, les seigneurs de Joinville figurent parmi les principaux barons des comte de Champagne dont ils étaient les sénéchaux, mais vis-à-vis du roi sa position était modeste. Cette situation changea au milieu du XIIIe siècle lorsque Jean de Joinville se joignit à la croisade organisée par le roi Louis IX, dont il devint le confident et l'ami.
Il reste de ce seigneur de Joinville de nombreuses chartes et surtout la Vie de saint Louis, véritables mémoires écrits par un Jean de Joinville âgé de 80 ans, qui se souvenait des moments qu'il avait vécu auprès du roi. Le "biau chastel" que Jean quitta avec nostalgie pour se rendre en terre Sainte a disparu, mais la mémoire du plus illustre des enfants de Joinville reste vivace chez les
JEAN DE JOINVILLE
Conférence prononcée le 3 octobre 2009 à l'Auditoire
par Jackie Lusse, maître de conférences honoraire de l'université de Nancy II et ancien proviseur-adjoint du lycée Philippe Lebon de Joinville (1987-1991)
Conférence prononcée le 3 octobre 2009 à l'Auditoire
par Jackie Lusse, maître de conférences honoraire de l'université de Nancy II et ancien proviseur-adjoint du lycée Philippe Lebon de Joinville (1987-1991)
Arrivant à Joinville il y a maintenant quelques années, des Joinvillois me parlèrent de la personnalité la plus connue de la ville, Jean Sire. Mais qui était donc ce personnage que je ne connaissais pas ? je compris très vite qu'il s'agissait du chroniqueur Jean de Joinville, Sire c'est-à-dire seigneur de Joinville ! Son titre féodal était devenu, en quelque sorte son nom, usage qui apparaît dans la première édition de l'histoire de saint Louis par Antoine Pierre de Rieus en 1547. Cette formule, "Jean Sire", est même devenue le nom d'une spécialité gourmande locale !
Si j'ai commencé par cette anecdote, c'est pour montrer combien la personnalité de Jean de Joinville a marqué la ville. Il est vrai que Jean est très connu, d'ailleurs très souvent sous le simple nom de Joinville, surtout chez tous les historiens du Moyen Age ou les spécialistes de la littérature médiévale.
Il était donc normal, à l'occasion de la célébration du 7e centenaire de la remise du manuscrit de la vie de saint Louis par Jean au roi de France Louis X le Hutin, comte de Champagne, de rappeler ici, à Joinville, qui était le chroniqueur et quelle fut sa vie. Je vais donc reprendre ici un article que j'avais consacré, en 1998, aux seigneurs de Joinville pendant tout le Moyen Age.
Il faut cependant, avant d'entrer dans le vif du sujet, rappeler que cette communication s'appuie sur deux types de sources : d'une part la Vie de saint Louis consacrée pour une grande partie au récit de la Croisade de Louis IX en 1248-1254 ; d'autre part les chartes émises au temps de Jean de Joinville, provenant essentiellement des archives monastiques. Cette spécificité des textes explique le plan que je suivrai ici
Après avoir évoqué la jeunesse de Jean jusque son départ en Terre Sainte, je m'intéresserai à son rôle pendant la croisade puis à ses relations, parfois difficiles avec les abbayes de la région avant de terminer sur son action après son retour de terre sainte jusqu'à sa mort, à un âge très avancé.
La minorité de Jean
Simon de Joinville mourut quelques jours avant le 1er mai 1233, peu de temps après Geoffroy, son fils aîné. L'héritier futt donc son second fils, Jean, encore mineur. La régence fut assurée par Beatrix, sa mère qui prit le titre de dame de Joinville et de sénéchale de Champagne jusqu'en juin 1238.
Le 1er mai 1239, Jean promit au comte de Champagne Thibaud IV de ne s'allier à personne contre lui et particulièrement de ne pas épouser la fille du comte de Bar. Des trois chartes rédigées ce jour là, on retiendra trois observations :
- Béatrix, confirmant cette décision, se dit pour la première fois dame de Vaucouleurs (elle avait sans doute reçu Vaucouleurs en douaire)
- Jean est appelé pour la première fois seigneur de Joinville et sénéchal de Champagne
- Jean acceptait que sa mère gardât le fief qu'il tenait de Thibaud IV jusqu'à Noël 1243.
Jean de Joinville venait certainement d'atteindre da majorité féodale, fixée par la coutume de Champagne à 14 ans : il était donc né le 1er mai 1225 ou peu avant. Cette date semble confirmée par d'autres faits : au début du mois d'août 1242, Jean n'avait pas encore "vêtu le haubert", c'est-à-dire qu'il n'avait pas été adoubé, armé chevalier ; les lettres données à l'abbaye de Montier-en-Der en décembre 1244 sont scellées par Béatrix, qui avait donc prolongé sa tutelle au-delà de 1243) alors que Jean n'utilisa son propre sceau qu'en juin 1245 : il était sans doute entré dans sa 21e année entre décembre 1244 et juin 1245, peut-être le 1er mai 1245.
Toutefois, bien que toujours sous tutelle de sa mère, Jean avait pu remplir son office de sénéchal auprès du comte de Champagne dès 1239. En 1241, lors de l'adoubement à Saumur d'Alphonse de Poitiers, frère du roi Louis IX, Jean trancha devant son seigneur Thibaud IV (roi de Navarre depuis 1234) qui mangeait devant la table du roi. Cette cérémonie impressionna le jeune sénéchal qui s'en souvint 60 ans plus tard en rédigeant la Vie de saint Louis.
Une famille nombreuse
En 1240, selon du Cange, Jean épousa Alix de Grandpré, à laquelle il était fiancé depuis 1230 et qui venait sans doute d'atteindre l'âge nubile : Jean de Joinville s'alliait à une famille comtale champenoise. De ce mariage naquirent deux fils. La date de naissance du second, Jean, est, fait rare au Moyen âge, connue très précisément : le samedi 18 avril 1248 (nous y reviendrons). L'aîné, à qui avait été donné, comme c'était la coutume dans la famille, le nom de Geoffroy, vit donc le jour au plus tard au début de 1247. Ces deux fils décédèrent avant leur père.
Jean perdit sa mère Béatrix le 20 avril 1260 et sa femme Alix avant le 11 décembre 1261, date à laquelle il se remaria à une autre Alix, unique héritière de la seigneurie de Reynel : une des plus importantes seigneuries des confins champenois passaient dans les mains des seigneurs de Joinville. Alix de Reynel mourut en 1288 et fut enterrée à l'abbaye de Benoîtevaux. De ce second mariage, Jean eut quatre fils et deux filles. L'aîné des garçons s'appela Jean, comme son père mais aussi comme son frère né du premier lit et qui vivait encore : il devint sire de Reynel à la mort de son père en 1288. Le second fils, Anseau, mentionné pour la première fois en 1299, succéda à son frère Jean comme seigneur de Reynel en 1301 puis à son père Jean, dans la seigneurie de Joinville en 1317. le troisième, Gautier, seigneur de Beaupré, mourut avant 1308. le dernier, André, fut sire de Bonnet puis de Beaupré. L'aînée des filles, Marguerite, décédée avant 1306 épousa Jean de Charny ; la plus jeune, Alix, épousa en premières noces Jean d'Arcis et de Chancenay et se remaria, après 1307, à Jean de Lancastre, seigneur de Beaufort. Elle disparut après 1336.
Jean de Joinville et la Croisade : les combats en Egypte
La Croisade du roi constitue le cœur de la Vie de saint Louis. Ce récit montre que, un demi-siècle après les événements, Jean de Joinville avait conservé un souvenir très net de ce qui s'est passé pendant les six années qu'il passa en Egypte et en Terre Sainte. Son récit est d'ailleurs fondamental pour la connaissance des événements.
A la fin de l'année 1244, Louis IX tomba gravement malade mais, guéri, fit vœu de se croiser. Malgré l'absence de son seigneur le comte de Champagne Thibaud IV, Jean de Joinville décida de participer à l'expédition. C'est un engagement individuel : Jean refusa de prêter serment au roi parce qu'il n'était pas son vassal direct ; il n'était lié que par l'obéissance qu'il devait au comte de Champagne. Sans doute Jean voulait-il suivre l'exemple de ses prédécesseurs qui avaient participé à des croisades : son arrière grand-père, Geoffroy III accompagna le comte de Champagne Henri le Libéral de 1147 à 1149 ; son grand-père, Geoffroy IV, qui avait accompagné le comte Henri II en Terre Sainte en 1189 mourut en 1190 à Acre ; son oncle, Geoffroy V, qui ne fit pas partie des croisés qui détournèrent la IVe croisade vers Constantinople, mourut au Krak des Chevaliers ; son père, Simon lors de la Ve croisade, participa à la prise de Damiette le 5 novembre 1219.
A Pâques 1248 (le 19 avril), Jean annonça la nouvelle à ses vassaux réunis pour la naissance de son fils Jean : comme le montre l'épitaphe de Clairvaux, gravée par Jean en 1331 sur la tombe de son arrière-grand-père, Geoffroy III, la participation de ses prédécesseurs immédiats le marqua fortement et il voulut suivre leur exemple. Il emmena avec lui neuf chevaliers, probablement des vassaux, dont deux, en plus de lui, portaient bannière. Joinville dans la Vie de saint Louis ne donne pas leurs noms mais la liste peut être restituée : Hugues de Trichâtel, seigneur de Trichâtel (Thil-Châtel ?), seigneur de Conflans et Hugues de Landricourt portaient bannièe ; les autres furent Gautier de Curel, son homme lige, qui fit une donation à l'abbaye de Saint-Urbain avant de partir en croisade en juillet 1248 ; Gautier d'Ecurey qui, pendant la croisade, s'inquiéta de l'utilisation des feux grégeois par les musulmans ; Erard de Sivry-sur-Ante, Raoul de Vanault-le-Châtel, Hugues d'eEot-la-Combe, Frédéric de Louppy-le-Château et Renaud de Menoncourt (Menaucourt ?) complétaient la troupe.
La situation financière du seigneur de Joinville n'était pas brillante car ses rentes, d'après son propre témoignage, ne se montaient même pas à 1000 livres. Jean engagea donc à Metz une partie de ses terres et se fit verser par Henri de Grandpré 300 livrées de terre sur les 500 qui constituaient la dot de sa femme. Devant payer ses chevaliers, mais aussi son voyage, il loua une nef avec un cousin lointain, Geoffroy II d'Apremont, comte de Sarrebrück. En juillet 1248, avant de se mettre en route, Jean de Joinville multiplia les largesses envers plusieurs établissements religieux (Montier-en-Der, Saint-Laurent de Joinville, le Val d'Osne, le Val des Ecoliers et Ecurey). Deux de ces prédécesseurs ayant péri en Terre Sainte, il connaissait les risques de l'expédition : les bénéficiaires de ces donations devaient célébrer son anniversaire après sa mort.
Ayant reçu son écharpe et son bourdon de pèlerin de l'abbé de Cheminon, Jean visita Blécourt, Saint-Urbain et d'autres lieux de dévotion, puis par Auxonne, Lyon et Arles, il gagna Marseille où il embarqua en août 1249. Le passage de la Vie de saint Louis évoquant le départ de Jean, rempli d'émotion, est resté célèbre :
Et lors je me parti de Joinville sanz rentrer ou chasteau jusques a ma revenue, a pié, deschaux, et en langes, et ainsi alé a Clechicourt en pellerinage et a saint Urbain et autres cors sains qui la sont. Et endementieres que je aloie a Blechicourt et a saint Urbain, je ne voz onques retourner mes yex vers Joinville, pour ce que le cuer ne me attendrisit du biau chastel que je lessois et de mes .II. enfans.
Jean partait pour une aventure dangereuse. Il ne savait pas s'il reviendrait à Joinville et l'a dit à ses vassaux réunis dans son château : "Seigneurs, je m'en voiz outre mer et je ne scé se je reviendrai". Jean navigua jusqu'à l'Ile de Chypre où le roi, arrivé le 18 septembre, avait décidé de passer l'hiver. Cette situation inquiéta Jean qui n'avaient plus que 240 livres, car certains de ses chevaliers menaçaient de l'abandonner. Louis IX le prit alors à ses gages en lui donnant la somme de 800 livres : le roi, qui aida d'autres croisés, ne souhaitait pas voir son armée se débander.
Les navires des croisés quittèrent Limassol le 13 mai, mais à la suite d'une tempête ils durent se regrouper : le départ définitif de la flotte vers l'Egypte eut lieu le 30 mai ; dès le 4 juin, ils étaient en vue de Damiette, la ville assiégée autrefois par Jean de Brienne et Simon de Joinville. Jean de Joinville, qui n'était accompagné d'aucun de ses vassaux, fut un des premiers à débarquer. Le 6 juin, le roi de France était maître de la ville : ce rapide succès, comparé au long siège de 1218-1219, fut considéré par Jean comme miraculeux. Louis IX attendit quelques mois l'arrivée de son frère Alphonse de Poitiers pour marcher sur Le Caire. Le 19 décembre, le roi arriva en face de la forteresse de Mansourah, protégée par un bras du Nil. Les Champenois, chargés avec le comte de Poitiers de garder le camp des croisés, du côté de Damiette se trouvèrent en première ligne. Le 8 février 1250, au cours d'un combat contre un groupe de Turcs, Jean de Joinville, Erard de Sivry, Hugues d'Ecot, Raoul de Vanault et Frédéric de Louppy furent blessés. Hugues de Conflans fut tué et Erard de Sivry mourut des suites de ses blessures. En outre, la veille de la bataille, Jean avait déjà enterré Hugues de Landricourt, un de ses chevaliers bannerets. Dans la Vie de saint Louis, Jean raconte que lors de ces obsèques six de ses chevaliers avaient troublé l'office et que Dieu les punit puisque le lendemain, ils furent tous tués ou blessés à mort. Hugues de Conflans et Erard de Sivry figuraient sans doute parmi les perturbateurs. La petite troupe fut délivrée par Charles d'Anjou, mais les blessures des chevaliers champenois étaient si vives que, le lendemain, ils ne purent revêtir leur haubert.
Plus tard, alors que l'armée royale était refoulée vers le fleuve, Jean, avec l'aide du comte de Soissons et de Pierre de Neuville, se chargea de défendre un pont pour empêcher l'arrivée de renforts turcs. Le chroniqueur se protégea des flèches musulmanes avec une veste rembourrée d'étoupe, prise à un sarrasin, et remplaça sa lance par une bannière terminée par un fer de lance qui lui avait été remise par un bourgeois de Joinville. Mais bientôt, les croisés – et Jean de Joinville lui-même – commencèrent à souffrir de la faim et surtout du scorbut. Pour Joinville les croisés furent malades en raison du manque d'eau et surtout parce que les poissons qu'ils consommaient avaient mangé les corps des soldats tués qui flottaient sur le fleuve. Le scorbut était dû sans doute à un régime alimentaire déséquilibré. Le roi décida donc, au début du mois d'avril, de ramener l'armée au nord du Nil puis de se retires sur Damiette. Joinville n'avait plus alors avec lui que deux chevaliers, dont Raoul de Vanault qui avaient eu les deux jarrets coupés lors du combat du 8 février. Au cours de la retraite, Louis IX et Joinville furent faits prisonniers ; Jean de Joinville fut épargné en se faisant passer pour un cousin du roi. Après de longs pourparlers, au cours desquels la vie des prisonniers fut plusieurs fois mise en péril, le roi et quelques-uns de ses compagnons, dont Jean de Joinville, furent libérés le 6 mai 1250. Quand il fallut verser l'énorme rançon exigée par les Musulmans, Joinville conseilla au roi d'en emprunter une partie aux Templiers : ceux-ci n'acceptèrent que lorsque le sénéchal eût menacé d'ouvrir le coffre par la force.
Le séjour de Jean de Joinville en Terre sainte et le retour en France
Le 8 mai 1250, Louis IX, accompagné de Jean de Joinville et de plusieurs de ses barons, s'embarqua pour Acre, tenue par les Croisés depuis la première croisade. Pendant les six jours que dura la traversée, Jean s'assit souvent auprès du roi qui lui fit maintes confidences. A Acre, Jean, qui avait tout perdu, prit à son service un chevalier de son pays, Pierre de Bourbonne, qui le cautionna dans la ville pour qu'il se vêtît et s'équipât. Le roi, en lui payant les 400 livres dues par Pierre de Courtenay, permit au sénéchal de pourvoir à ses dépenses quotidiennes et d'engager des hommes, comme Jean Caym de Sainte-Menehould. C'est pendant son séjour à Acre, entre le départ des frères du roi et celui du roi lui-même pour Césarée, que Jean rédigea un commentaire du Credo, illustré de miniatures.
Louis IX envisagea lors de regagner la France. Jean de Joinville rapporte que, lors de la réunion du conseil, la plupart des barons conseillèrent au roi de partir, alors que le comte de Jaffa, Jean de Joinville, le maréchal Guillaume de Beaumont et Erard de Chacenay préconisaient le contraire ; huit jours plus tard, le roi annonça à ses fidèles qu'il avait décidé de rester en Terre Sainte. Les historiens ont mis en doute cette version, bien que les détails donnés par Joinville témoignent de sa sincérité. Nous savons, en outre, par la lettre du roi rapportée en France par ses deux frères, Charles d'Anjou et Alphonse de Poitiers, que Louis IX avait d'abord eu l'intention de rentrer en France mais, qu'apprenant la trahison des émirs, il avait décidé, après avoir consulté ses barons, de rester. Quel fut en réalité le déroulement des événements ? Le 26 juin, le roi, qui avait auparavant invité les croisés à réfléchir, réunit les barons de France pour recueillir leur avis : la plupart, contrairement à Joinville et à quelques autres, préconisèrent le départ ; ayant alors appris que le sultan d'Egypte n'avait pas libéré tous les prisonniers, le roi convoqua le 3 juillet une nouvelle assemblée composée "des barons de France, des chevaliers du temple, de l'Hôpital, de l'Ordre Teutonique, et des barons du royaume de Jérusalem", qui lui recommanda de ne pas abandonner les chrétiens captifs. Soixante ans après ces événements, Jean de Joinville se souvenait donc de l'essentiel pour lui : il fut dès le début un des rares seigneurs à s'opposer au retour du roi en France et Louis IX, finalement, avait suivi son avis.
Louis IX versa à Jean de Joinville 2000 livres pour le retenir à ses gages jusqu'à Pâques. Un peu plus tard le roi engagea quarante chevaliers de la cour de Champagne et les mit dans le corps de bataille de Jean qui venait de recruter trois chevaliers bannerets dont Pierre de Montmolain. Dans la Vie de saint Louis, il précisa que les Champenois, au cours des combats, avaient perdu 35 chevaliers portant bannière. En avril 1253, Louis IX, qui avait décidé de garder le sénéchal de Champagne un an de plus à son service, lui donna une rente annuelle et héréditaire de 200 livres ; en échange, Jean lui prêta hommage lige contre tous, sauf la fidélité due aux comtes de Champagne et aux comtes de Bar. Lors de l'attaque du château de Baniyas, en juin 1253, Jean prit part au combat avec le corps de bataille du roi. Il fut un instant en péril et un de ses chevaliers, Jean de Bussy, neveu d'Hugues d'Ecot, fut tué devant lui. Finalement, Jean, que la rumeur disait mort, fut sauvé par Olivier de Termes et les Languedociens.
Pendant son séjour en Terre Sainte, Joinville souhaita se rendre en pèlerinage à Notre-Dame de Tortose ; ce voyage le conduisit à Tripoli, auprès de Bohémond VI, prince d'Antioche et comte de Tripoli, qui lui fit présent de reliques, notamment d'un fragment du chef de saint Etienne, qu'il donna aux chanoines de Châlons le 22 novembre 1309, et, probablement aussi de la ceinture de saint Joseph qu'il offrit aux chanoines de Saint-Laurent de Joinville. C'est sans doute au cours de ce pèlerinage que Jean se rendit au Krak des Chevaliers, où il découvrit l'écu de son oncle Geoffroy V.
Le roi, après avoir fortifié Sidon, Césarée, Jaffa et Acre, quitta définitivement la Palestine le 24 avril 1254. Le retour fut pénible. Au cours d'une tempête, la reine fit le vœu d'offrir une nef d'argent à saint Nicolas de Varangéville et Jean promit de la porter lui-même a pié et deschaus. Un peu plus tard, un écuyer tombé à la mer fut sauvé en priant la Vierge au lieu de nager. Joinville fit peindre ce miracle à Saint-Laurent de Joinville et sur les verrières de Blécourt, où le vitrail subsiste toujours. Le 23 juillet 1254, les croisés accostèrent enfin à Hyères. Jean accompagna le roi jusqu'à Beaucaire puis, après avoir rendu visite à sa nièce Béatrix, dauphine de Viennois, à son oncle le comte Jean de Chalon et à son cousin le comte de Bourgogne (cette énumération, donnée par Jean de Joinville dans la Vie de saint Louis, témoigne de la haute noblesse de ses liens familiaux), il rentra à Joinville, au plus tard en décembre 1254.
Les conséquences de la croisade : les problèmes financiers.
Seule l'aide du roi avait permis à Joinville de poursuivre son action en Terre Sainte. A son retour en France, sa situation financière s'était aggravée et les difficultés allaient s'accroître : pendant son séjour outre-mer, les sergents du roi de France et du comte de Champagne avaient appauvri ses gens ; la croisade avait grevée lourdement, et pour longtemps, les finances de Jean de Joinville. Dans les années qui suivirent, il multiplia les ventes et les emprunts.
En septembre 1256, Jean vendit à Thiebaut, comte de Bar, pour 160 livres ce que le sire de Gondrecourt tenait de lui à Badonvilliers et à Gérauvilliers ; en juillet 1263, il vendit pour 400 livres douze livrées de terres que le comte donna en fief au seigneur de Reynel ; en mars 1264 il céda des vignes à Saint-Laurent de Joinville pour 58 livres et à Montier-en-Der pour 40 livres. Les abbayes, en raison de leur richesse, figurèrent parmi les principaux acquéreurs : Montier-en-Der, le 1er novembre 1264 acheta pour 731 livres et 9 sous tout ce qui avait appartenu à Aude de Dammartin ; Ecurey, une rente à Paroy en mars 1265 et la grange de Bailly le 19 octobre 1266 ; Saint-Mihiel, une rente de vingt setiers de grains à Bure en 1276 ; Vaux-en-Ornois, des terrages à Taillettes en 1276 ; la commanderie de Ruetz, des droits sur le bois de Rippes en mai 1277 et sur une terre à Rachecourt-sur-Marne en mars 1279 ; le val d'Osne, un bois en avril 1293. Des communautés rurales furent aussi mises à contribution : les bourgeois de Mathons en juin 1261 et les habitants de Mussey en août 1277 ; les bourgeois de Joinville, en 1302 acquirent pour 50 livres le gibier à poil de la Vendue-Ouvri. Lors de plusieurs ventes, Jean conserva certains droits rémunérateurs : la garde et la justice des terrages des Taillettes ; la garde du bois de Rippes ; la justice et la moitié des amendes du bois vendu au Val d'Osne. Ces ventes s'avérant insuffisantes, Jean de Joinville dut aussi emprunter : 528 livres au comte de Champagne le 26 août 1268 ; 30 livres à Saint-Laurent.
D'autres méthodes furent utilisées pour augmenter les revenus : en janvier 1263, Jean échangea avec l'abbaye de la Crête les biens qu'il possédait, par son mariage avec Alix de Reynel, à Cirey-les-Mareilles contre des biens de l'abbaye sis à Bettoncourt. Mais l'accord prévoyait en fait que chacune des deux parties vendait à l'autre ses biens, le tout étant soumis à deux arbitres. Jean, en attendant l'évaluation des biens concernés, dans les quarante jours, recevait 200 livres. L'échange fut confirmé définitivement en mars 1263, mais il n'était nullement question d'une quelconque somme d'argent dans la charte de Jean et Alix de Reynel. Il engagea la mouvance de Champagne de Chancenay pour 1500 livres à Jean de Dampierre avant mars 1288 ou mars 1289. En 1287, il reprit d'Otte, comte de Bourgogne, vingt livrées de terre à Rupt, en représentation d'un don de 300 livres. Au moment de certaines fêtes, Jean fit appel aux habitants de Joinville : en décembre 1274, lors de l'adoubement de son fils, il accorda à ses bourgeois, qu'il avait "gagés", quelques libertés et une lettre de non préjudice ; en 1300, au moment du mariage de sa fille Alix avec Jean d'Arcis et de Chacenay, ils lui versèrent 200 livres pour le cinquantième que lui avait demandé le roi pour financer l'expédition de Flandres. Malgré ces difficultés financières, Jean donna à sa fille Alix une dot de 3000 livres et une rente de 300 livres en terre. La situation s'était-elle améliorée ? En fait, ne serait-ce pas pour régler ses ennuis financiers que, comme nous le verrons, Jean de Joinville, sans attendre l'issue du procès, renonça, en 1308, à la garde de l'abbaye de Saint-Urbain, moyennant 1200 livres. De même, en 1310, il avalisa par son sceau une singulière opération financière : les bourgeois de Joinville empruntèrent 1000 livres en émettant, à Reims, des titres rapportant un intérêt viager ; Anseau, fils de Jean, déclara avoir touché le capital versé et s'engagea, en donnant en garantie ses biens meubles et immeubles, à payer régulièrement les intérêts : l'endettement des Joinville était tel et leur garantie sans doute jugée si peu sûre, qu'ils durent faire appel aux bourgeois de Joinville pour obtenir un prêt.
L'amélioration des ressources passait aussi par une amélioration des divers revenus (rendements agricoles, taxes…) et une meilleure gestion de la seigneurie. La charte de franchises concédée à la ville de Joinville en 1258 accordait certains privilèges aux habitants, peut-être en réparation des dommages qui leur avaient été causés pendant la croisade de leur seigneur ; mais Jean se réservait un certain nombre de droits, en particulier le service d'ost et surtout ceux qui étaient sources de revenus, comme le droit de gîte, les banalités, les marchés et les foires, certains droits d'usage… En décembre 1264, il conclut avec l'abbaye de Saint-Mansuy de Toul un contrat de pariage pour tout ce qu'ils avaient à Germay et aux environs et de construire dans ce finage une villeneuve, Sainte-Croix, aujourd'hui Germisay ; améliorant les revenus de son domaine, il fonda d'autres villeneuves, Ferrières vers 1270 et Monthoil, village aujourd'hui disparu, en 1307. Enfin, il affranchit les hommes de Montiers-sur-Saulx en octobre 1266 et ceux de Reynel vers 1270.
Jean de Joinville et les abbayes : le conflit avec Saint-Urbain
Les difficultés financières de Jean de Joinville, au retour de la croisade, expliquent que jusque dans les années 1260, Jean de Joinville n'ait guère fait de legs aux abbayes : les chartes accordées aux établissements religieux sont essentiellement des confirmations de donations effectuées par ses ancêtres ou ses vassaux. Ses largesses furent peu importantes : un demi-muid de vin par an à Remonvaux en janvier 1257 ; une rente de six émines de blé à la collégiale castrale de Reynel en mars 1264 ; 1200 harengs à prendre chaque année sur la vente et le péage de Joinville aux religieuses du Val d'Osne le 28 avril 1267 ; les Templiers de Ruetz reçurent l'autorisation d'établir sur la Marne un pont à Bayard en octobre 1272 et un moulin en décembre 1277, ainsi que des biens à Juvigny en décembre 1275 ; des bois à Benoîtevaux en 1272 ; deux parties de la dîme d'Oflaincourt au finage de Rimaucourt aux Templiers de Thors en mars 1278 ; le pressoir d'Osne fut donné à l'abbaye d'ecurey en mai 1302 ; Saint-Mansuy de Toul reçut douze setiers de blé et l'autorisation d'acheter des terres dans sa seigneurie le 28 juillet 1302 ainsi qu'un bois en avril 1310 ou 1311 ; Jean de Joinville confirma une rente de 40 sous et des reliques à Saint-Etienne de Châlons le 22 novembre 1309.
Néanmoins, un établissement religieux fut privilégié, la collégiale Saint-Laurent de Joinville. Les chanoines reçurent chaque année 42 livres (contre 15 au temps de ses prédécesseurs) sur les premiers revenus des arpents de Joinville en novembre 1266, puis douze setiers dans la villeneuve de Ferrières en septembre 1276, dix livres sur les amendes pour le rétablissement du Pré Saint-Laurent, sis dans les îles, au-dessus des écluses de Joinville en février 1278, un homme avec sa femme pour faire le service de l'église en juillet 1281. Toutefois le seigneur de Joinville et les chanoines tenaient à leurs droits respectifs. Les possessions de Saint-Laurent furent confirmées le 5 juin 1271, mais Jean se réserva la faculté d'échanger les acquisitions faites depuis moins de trente ans. En juillet 1258, Jean reconnut qu'il ne pouvait pas faire chanter la messe dans l'oratoire que le chapitre de Saint-Laurent l'avait autorisé à établir dans la tourelle de son château. Le 14 septembre 1271, il donna des lettres de non-préjudice au chapitre de Saint-Laurent qui lui avait permis de faire chanter la messe dans son château de Joinville alors qu'il était malade, lettres renouvelées en mai 1273. Les chanoines consentirent à la fondation d'une chapelle dédiée à saint Louis dans leur collégiale.
Toutefois les relations avec les établissements religieux étaient parfois tendues et nécessitaient une mise au point ou un compromis. Le 9 septembre 1258, Jean de Joinville approuva le règlement adopté par l'abbaye de Molesme pour la réforme et l'administration du prieuré féminin du Val d'Osne (en particulier les rapports entre Molesme, le Val d'Osne et les seigneurs de Joinville). En 1295, il régla un conflit avec l'abbaye d'Ecurey, abbaye fondée par son ancêtre Geoffroy III, qui était de sa garde : renonçant à son intention de demander aux moines de faire "fermetei en lour maison de Joinville pour esmandeir la force de la ville pour raison de la guerre aparent au païs", il accepta la construction par les religieux de loges (qui servaient de greniers et de caves) en ce lieu et s'engagea à faire abattre deux piliers que Jacques de Florence avait construits sans son autorisation, devant cette maison. En avril 1306, une nouvelle querelle opposa Jean à Ecurey : les moines lui octroyèrent deux pièces de vigne et le moulin de Chevillon, et en échange il leur accorda le droit de faire paître tous leurs porcs dans la forêt de Montiers-sur-Saulx, la moitié de cette forêt en toute propriété et une rente de dix setiers de grains sur Gourzon. Un désaccord surgit également avec l'abbaye de Saint-Jean de Laon à propos de divers droits à Richecourt, Bonnet, Mandres et en d'autres lieux : les moines, prétendant que leur prieuré de Richecourt, dans le diocèse de Toul, était sous la garde du roi, le Parlement de Paris, le 21 mai 1279 les débouta et les renvoya à la cour de Champagne pour obtenir justice du sire de Joinville. Le conflit s'apaisa en juillet 1286.
Les seigneurs de Joinville s'étaient souvent opposés aux abbayes dont ils avaient la garde. Jean semble avoir respecté l'accord conclu par son père avec Montier-en-Der, mais les rapports avec Saint-Urbain, qui s'étaient dégradés au temps de Simon, s'aggravèrent et le conflit fut particulièrement aigu pendant un demi-siècle. Entre 1258 et 1261, lors du choix d'un nouvel abbé, les moines se querellèrent et élurent deux candidats, dont l'un, Geoffroy, était soutenu par Jean de Joinville. Pour les départager, l'évêque de Châlons consacra un troisième personnage, Jean de Mimery. Pendant que Geoffroy allait plaider sa cause à Rome, Jean mit la main sur l'abbaye, ce qui lui valut d'être excommunié par l'évêque. L'affaire fut alors portée devant le Parlement de paris. En 1261, lorsque les évêques, au cours d'une assemblée, exprimèrent au roi leurs doléances, l'évêque de Châlons demanda à Louis IX ce qu'il comptait faire "au sujet du seigneur de Joinville, qui enlève à ce pauvre moine l'abbaye de Saint-Urbain". Le roi lui fit alors remarquer qu'il était excommunié et qu'il ne pouvait donc pas l'écouter. Le prélat mourut peu après et Geoffroy devint abbé de Saint-Urbain.
L'élection du candidat de Jean n'apaisa pas les querelles antérieures. Parfois, la question était assez vite réglée : lors de la fondation de la maison-Dieu de Joinville, en 1263, Jean fut autorisé par l'abbé de Saint-Urbain à fonder une chapelle, à condition qu'elle n'eût pas de cloche, qu'on n'y fît pas de cimetière et que les offrandes appartinssent à l'abbaye de Saint-Urbain et à l'église paroissiale de Joinville. La situation dégénérant, il fallut faire appel à deux arbitres, le curé de Saint-Dizier et un chevalier, qui établirent un compromis en juillet 1264 : les moines pouvaient prendre du bois dans la forêt de Mathons pour la réfection d'une tuilerie ; le sire de Joinville ne pouvait réclamer aucun charroi ni aucune taille ou prendre un homme ou une femme de la terre de Saint-Urbain, mais il gardait le droit de gîte pour ses chiens et des veneurs une fois par an en certains villages de l'abbaye, etc. Deux ans plus tard, le conflit s'envenima car les moines de Saint-Urbain mirent en cause la garde même de l'abbaye et firent appel au roi. Le comte de Champagne Thibaud V, le 21 mai 1266, prit la défense de son sénéchal et demanda à Louis IX de se déclarer incompétent pour juger la contestation, mais l'année suivante le Parlement de Paris refusa au comte de Champagne la connaissance de cette affaire. Malgré la nomination de deux nouveaux arbitres, l'abbé de Boulancourt et le doyen de Bar-sur-Aube, qui conclurent un accord le 7 novembre 1266, les contestations se poursuivirent, comme lors de la fondation de la villeneuve de Ferrières dans le bois de Mathons, où les hommes de Saint-Urbain avaient leurs usages.
En fait, à la base de tous ces conflits, il y avait le rejet par les moines de la garde exercée par le sénéchal de champagne : en juillet 1275, un certain nombre d'entre eux s'engagèrent à défendre leurs droits contre le seigneur de Joinville et à poursuivre le procès qu'ils lui avaient intenté, mais quelques religieux se laissèrent assurément entraîner dans le camp du sénéchal. Le 28 juillet 1285, parce que les seigneurs qui devaient les protéger se livraient à des déprédations, trente-sept moines déclarèrent solennellement qu'ils étaient résolus à poursuivre leur procès contre Jean et ses héritiers et à leur résister : si l'un d'entre eux cédait, il serait excommunié et exclu de toute participation aux biens spirituels et temporels du monastère. Persévérants, les moines de Saint-Urbain s'engagèrent en octobre 1288 à ne jamais recourir aux seigneurs de Joinville comme gardiens ou avoués de leur abbaye. Aux Grands jours de Troyes, cette même année, les religieux produisirent une charte démontrant que la garde appartenait au comte de Champagne, mais Jean contesta l'authenticité de ce document. Le conflit se termina à la fin du règne de Jean. Le 11 juin 1308, avant le règlement de l'affaire par la cour de Champagne, le sénéchal, avec l'assentiment de ses deux fils survivants, Anseau, sire de Reynel, et André, seigneur de Beaupré, renonça à tous ses droits sur la garde de Saint-Urbain et consentit, moyennant 1200 livres à ce que cette garde fût transférée au roi de France. Celui-ci, l'année suivante, autorisa l'abbaye à lever des tailles sur les hommes de Saint-Urbain;
Mais le conflit reprit très vite : le 22 avril 1310, les moines adressèrent à l'évêque d'Albi, légat du Saint-Siège, une lettre où ils se plaignaient des agissements de quatre moines qui avaient volé puis porté au château de Joinville des chartes relatives aux droits de l'abbaye. Leur "antique ennemi" les ayant alors brûlées, les moines, en l'absence de ces documents, durent faire une transaction qui leur coûta 2000 livres. Le sénéchal qui était, à leurs yeux, le commanditaire du vol, poursuivit ses agressions contre l'abbaye : les quatre moines, accompagnés d'hommes armés, attaquèrent les prieurés voisins de sainte-Ame et de Saint-Jacques, expulsèrent les prieurs et pillèrent les biens. Ils menaçaient également de massacrer l'abbé et de brûler les bâtiments et les granges de l'abbaye. Aussi les moines se plaçèrent-ils sous la sauvegarde du roi et demandèrent au pape de les protéger. Cette nouvelle affaire fut portée devant les Grands Jours de Troyes et le fils aîné du roi de France, le futur Louis X, alors comte de Champagne, rendit une sentence définitive le 24 septembre 1310. Jean fut condamné à payer 200 livres de dommages et intérêts pour les dégâts commis aux couvents de Saint-Jacques et de Sainte-Ame ; il renonça à sa plainte au sujet des dommages que les moines avaient, selon lui, commis dans ses bois ; il ne devait ni aider ni conseiller les hommes de Saint-Urbain en conflit avec l'abbaye ; les autres motifs de querelles étaient soumis à des arbitres, sous peine d'une amende de mille marcs d'argent, partagée entre la partie lésée et le comte de Champagne. Ainsi se terminait le long conflit qui avait opposé l'abbaye à son avoué. Néanmoins, quelques contestations, moins violentes surgirent encore : en février 1316 Louis X autorisa Jean à vendre à Saint-Urbain 180 arpents de son bois de Mathons au lieu de 500, comme il y avait précédemment consenti : cette transaction ne fut cependant pas suivie d'effet et, en septembre 1322, le roi Charles le Bel confirma à Anseau, successeur de jean, cette autorisation.
Jean de Joinville et Louis IX après la croisade
Devenu l'ami de saint Louis, Jean de Joinville fut souvent à ses côtés après leur retour de croisade. En octobre 1254, il était à Soissons et, quelques mois plus tard, il fut chargé de négocier le mariage du comte de Champagne Thibaud V avec Isabelle, la fille du roi : la cérémonie eut lieu en avril 1259. Un jour, Louis IX le fit asseoir à côté de lui, à la place que le propre fils du roi, Philippe, et son gendre, Thibaud V, n'avaient osé occuper ; en 1259, il assista au règlement du différend de l'archevêque de Reims avec l'abbé de Saint-Remi. A la Pentecôte 1260, sans doute, Louis IX le mit aux prises avec Robert de Sorbon. Jean remplit son office de sénéchal en servant Thibaud V à l'occasion des noces, en 1262, et de l'entrée en chevalerie de Philippe, fils du roi de France, le 5 juin 1267. Il demanda, comme c'était la coutume, la vaisselle utilisée au cours de ces deux cérémonies, mais Thibaud V refusa car cette vaisselle appartenait au roi de France. Néanmoins, le 17 avril 1268, le comte de Champagne accorda à son sénéchal et à ses héritiers, des lettres de non-préjudice, afin que les droits du sénéchalat fussent réservés. En 1267, lorsque le roi convoqua tous ses barons, Jean de Joinville, malade, lui demanda d'être dispensé du voyage. Louis IX lui fit savoir qu'il tenait à sa présence. Au cours de cette réunion, le roi annonça qu'il se croisait avec ses trois fils. Avec Thibaud V, il pria Jean de se joindre à lui, mais le sénéchal refusa en proclamant : "Si je mettais mon corps en l'aventure du pèlerinage de la crois, je vois clairement que ce serait pour le mal et le dommage de mes gens". Il prenait assurément en compte les ennuis financiers qui avaient suivi son retour de la croisade de 1248-1254. C'est au cours de cette nouvelle croisade que Louis IX décéda en 1270.
En 1282, Jean, appelé à témoigner au procès en canonisation de louis IX, fut interrogé pendant deux jours à Saint-Denis par les représentants du pape, l'archevêque de Rouen et Jean de Samois. Ce dernier, lors de la canonisation de saint Louis, le 25 août 1297, rappela la loyauté de Louis IX en citant le témoignage de Jean et en le prenant à témoin. Peu après, le saint roi apparut en songe à Jean qui, regrettant que Louis IX n'ait pas été rangé parmi les martyrs, décida de lui dédier une chapelle dans la collégiale Saint-Laurent. En 1308, les chanoines l'autorisèrent à fonder cette chapelle. Le chroniqueur termina sa Vie de saint Louis en demandant au futur Louis X, à qui l'ouvrage fut dédié, de lui envoyer, pour cette chapelle, une relique de saint Louis.
Jean avait commencé cette Vie de saint Louis à la demande de la reine Jeanne de Navarre, vers 1305. La rédaction fut terminée en octobre 1309. Jeanne, comtesse de Champagne, étant morte le 2 avril 1305, l'ouvrage fut dédié "à son seigneur Louis, roi de Navarre, comte de Champagne"… mais aussi héritier du trône sur lequel avait siégé son aïeul, le saint roi dont il portait le nom. Dans cet ouvrage, Jean, en faisant l'apologie du saint roi, regrettait la période où il était proche du grand roi. Mais en même temps, comme l'a souligné Franck Collard, il s'agissait aussi d'une "sévère mise en garde adressée au pouvoir capétien contre la dérive autoritaire que lui a fait prendre le roi qui règne depuis 1285, Philippe le Bel…" Jean était "le héraut de l'aristocratie radicalement hostile à une monarchie qui menace les libertés de la noblesse des régions".
Jean de Joinville et Philippe IV le Bel
Philippe IV le Bel, le 10 juillet 1302, demanda à Jean et à d'autres seigneurs de se trouver à Arras le 15 août suivant : le seigneur de Joinville de prit pas part à la défaite du roi, le lendemain, à Courtrai. Mais, le souverain ayant besoin d'argent, Louis dut envoyer la moitié de sa vaisselle d'argent à la monnaie.
Le 5 août 1303, le roi le convoqua pour une nouvelle expédition en Flandre. Jean et de nombreux barons, parmi lesquels figuraient ses fils Jean d'Ancerville et Anseau de Reynel, son neveu Gautier de Vaucouleurs (tué à La Bassée en 1305) et d'autres membres de sa famille. Jean et les nobles de champagne participèrent vraisemblablement à la victoire de Philippe IV le Bel sur les Flamands à Mons-en-Pévèle, le 18 août 1304.
Malgré son âge, Jean continua à remplir les obligations de sa charge de sénéchal de Champagne, même si la Champagne était maintenant dans les mains du roi. A la fin de l'année 1311, Philippe IV le Bel le chargea d'aller demander réparation au duc de Lorraine Thibaud II qui avait malmené et emprisonné les hommes de Neufchâteau et de Châtenois, placés sous la garde du comte de Champagne : en plein hiver, Jean, âgé de 86 ans, et quelques chevaliers menèrent une expédition contre le château de Darney.
A l'automne 1314, un grand mouvement de contestation de la politique fiscale et financière de Philippe IV éclata dans le royaume et les nobles, qui craignaient les empiètements royaux sur leurs prérogatives, en prirent la direction : des ligues nobiliaires se formèrent dans plusieurs régions et Jean adhéra à celle de Champagne en novembre. En mai 1315, Louis X, successeur de Philippe IV le Bel donna satisfaction aux nobles champenois.
Le mois suivant, le roi décida de marcher contre les Flamands et Jean, âgé alors de 90 ans fut convoqué à Authies pour la mi-juin. Le 8 juin, Jean, qui n'avait pas fait de préparatifs parce qu'on disait que la paix régnait, écrivit au roi qu'il venait seulement de recevoir sa lettre et que, ne pouvant pas être au rendez-vous fixé, il marcherait le plus tôt possible contre les Flamands. Nous ignorons le rôle précis de Joinville dans ce conflit. Se rendit-il à l'ost ?
A la fin de sa vie, Jean de Joinville jouissait d'un grand prestige : son grand âge et surtout son amitié avec Louis IX, le saint roi, lui valaient de tenir une place à part à la cour du roi de France, dont il était le sénéchal pour la Champagne. Le florentin François de Barberino, qui visita la cour de Joinville entre 1309 et 1313, le qualifiait ainsi : "… monseigneur Jean de Joinville, chevalier d'un grand âge, le plus expert dans ces questions de ceux qui vivent aujourd'hui, et dont la parole jouit d'une grande autorité aussi bien près du roi de France que d'autres personnes de son entourage…".
La mort de Jean de Joinville et son tombeau
Anseau, fils de Jean, est qualifié de seigneur de Reynel le 15 novembre 1317 et de seigneur de Joinville en juin 1318. c'est donc entre ces deux dates qu'est décédé le chroniqueur. L'obituaire de Saint-Laurent de Joinville, mentionnant son obit au 24 décembre, il semble raisonnable de fixer la date du décès du sénéchal au 24 décembre 1317, dans sa 93e année, âge exceptionnel pour un homme du XIIIe siècle qui avait enduré mille maux en Egypte. A la fin de sa vie, malgré son grand âge, il était encore actif. Certes, son fils Anseau était de plus en plus présent dans les actes élaborés au début du XIVe siècle, mais Jean rédigea, ou plutôt dicta, sa Vie de saint Louis, entre 1304/5 et 1309 à plus de 80 ans. En 1311, il composa à la mère de son ancêtre Geoffroy III l'épitaphe de Clairvaux. A la fin de sa vie, Jean de Joinville écrivit de sa propre main, sur cinq actes parvenus jusqu'à nous, la formule "ce fu fait par moi".
Jean de Joinville fut inhumé dans la chapelle Saint-Joseph de la collégiale Saint-Laurent de Joinville, à droite de l'autel, sous une arcade percée dans le mur qui séparait cette chapelle du sanctuaire. Pour la première fois, un membre de la famille élisait sa sépulture dans la collégiale castrale qui allait devenir un sanctuaire familial : la plupart des successeurs jusqu'en 1675 (sauf 5 : Henri de Vaudémont, Antoine de Vaudémont, rené II, Henri Ier de Guise et François-Joseph de Lorraine) y furent inhumés.
Le tombeau de Jean de Joinville n'est connu que par un dessin du XVIIIe siècle, exécuté par le chanoine Paillette, doyen de Saint-Laurent, mais ce tombeau ne peut être antérieur à la Renaissance. Il se composait d'un sarcophage et d'un gisant en pierre. Le sire de Joinville y portait, sur une armure de mailles, qui ne laissait apparaître que le visage une longue cotte d'armes sans manches. Une épée était attachée à la ceinture et, au bras gauche, pendait un écu portant les armes adoptées par Geoffroy V de Joinville. En 1629, à l'occasion de travaux à Saint-Laurent, le tombeau de Jean fut ouvert et l'auteur anonyme de l'Histoire de la Principauté de Joinville, publiée en 1632, rapporte que la tête (très grosse selon Du Cange) et la mâchoire furent déposées dans le trésor de Saint-Laurent alors que les autres ossements étaient remis dans la tombe. Avant 1629, une épitaphe en latin gravée sur cuivre avait été ajoutée au tombeau mais elle n'apporte rien de nouveau sur la vie de Jean de Joinville.
Au cours de son long règne, Jean de Joinville vit mourir ses trois fils aînés : la seigneurie revint à Anseau, seigneur de Reynel depuis mars 1301, qui avait épousé, avant 1302, Laure, fille de Simon, seigneur de Commercy et comte de Sarrebruck : cette alliance avec une des familles de la haute noblesse lorraine témoigne du renom de la famille de Joinville. Son second mariage, avec Marguerite, fille du comte Henri III de Vaudémont, en 1323, fut encore plus prestigieux et Anseau ne se trompa pas quand il eut un fils : pour la première fois dans l'histoire de la famille, l'aîné ne porta pas le nom de Geoffroy mais reçut celui d'Henri, porté par les Vaudémont… Cette réussite, la famille de Joinville la devait en grande partie à Jean de Joinville. On la vit même s'illustrer à l'étranger : le frère de Jean, Geoffroy de Vaucouleurs, connut une brillante carrière en Angleterre, où il avait sans doute suivi son beau-frère Pierre de Savoie, exerçant en 1273 la charge de grand justicier en Irlande ; le premier enfant de Joinville et d'Alix de Grandpré, Geoffroy, sire de Briquenay, se rendit en Italie où il devint un des conseillers de Charles Ier d'Anjou.
Conclusion
Au XIIe siècle, les seigneurs de Joinville figurent parmi les principaux barons des comte de Champagne dont ils étaient les sénéchaux, mais vis-à-vis du roi sa position était modeste. Cette situation changea au milieu du XIIIe siècle lorsque Jean de Joinville se joignit à la croisade organisée par le roi Louis IX, dont il devint le confident et l'ami.
Il reste de ce seigneur de Joinville de nombreuses chartes et surtout la Vie de saint Louis, véritables mémoires écrits par un Jean de Joinville âgé de 80 ans, qui se souvenait des moments qu'il avait vécu auprès du roi. Le "biau chastel" que Jean quitta avec nostalgie pour se rendre en terre Sainte a disparu, mais la mémoire du plus illustre des enfants de Joinville reste vivace chez les
per sanguinem gladiumque patres tuos honora.

Ogier de Combault- fumiste
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Re: Jehan de Joinville
Très long mais l'histoire des hommes et des familles comme je les aime 


Eusebia- Messages: 433
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y a matiere...
bon ,ben avec ça... y a de quoi faire.
on va finir par etre cultivés... (sans le vouloir)
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Post Ténébras Spero Lucem

guillaume de surgeres- Messages: 476
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Re: Jehan de Joinville
Oui je trouve que c’est enrichissant car beaucoup de petits détails de cette époque.
Bon je sais c'est du mi-XIIIe
Bon je sais c'est du mi-XIIIe
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Ogier de Combault- fumiste
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Re: Jehan de Joinville
Merci mon bon Ogier... et hop direction l'imprimante et Am---n pour une commande !
Ce Jéhan de Joinville me plait beaucoup l’arqué-type du Chevalier/noble vassal et fidèle à l'esprit chevaleresque, à ses devoirs et au mot Servir !
Ce Jéhan de Joinville me plait beaucoup l’arqué-type du Chevalier/noble vassal et fidèle à l'esprit chevaleresque, à ses devoirs et au mot Servir !
enguerrand- Messages: 591
Date d'inscription: 03/10/2011
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Autographe du Sire de Joinville
Autographe de cet historien ou biographe avant l'heure
http://195.220.134.232/numerisation/tires-a-part-www-nb/0000005237418.pdf
http://195.220.134.232/numerisation/tires-a-part-www-nb/0000005237418.pdf
enguerrand- Messages: 591
Date d'inscription: 03/10/2011
Localisation: Bas Poitou

Ogier de Combault- fumiste
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Re: Jehan de Joinville
voici un autre lien
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bec_0373-6237_1886_num_47_1_447434
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bec_0373-6237_1886_num_47_1_447434
per sanguinem gladiumque patres tuos honora.

Ogier de Combault- fumiste
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Re: Jehan de Joinville
en Anglais,mais la traduction google
http://etext.lib.virginia.edu/toc/modeng/public/WedLord.html
http://etext.lib.virginia.edu/toc/modeng/public/WedLord.html
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Ogier de Combault- fumiste
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